LE DERNIER VOYAGE DE NOTRE SEIGNEUR

“Or il arriva, comme les jours de son assomption s’accomplissaient,
qu’il dressa sa face résolument pour aller à Jérusalem”.

LUC 9 : 51

Son temps Était venu. Bien conscient de la perspective qui s’annonçait à Lui, Jésus dirigea résolument Ses pas et Ses pensées vers le lieu où la honte et la mort mettraient un terme affreux à Sa course sacrificatoire de trois ans et demi.

Pour Lui, ce fut un voyage solitaire. C’est vrai, les Douze étaient avec Lui, et d’autres qui avaient joyeusement tout abandonné pour suivre le Maître. Il leur avait dit clairement ce qui Lui arriverait à Jérusalem — qu’Il souffrirait aux mains des dirigeants juifs et serait condamné à mort. Méprisé et rejeté des hommes ! Mais ils avaient été lents à croire à ces choses écrites dans la Loi et les prophéties Le concernant. Pierre avait même osé Le réprimander : Seigneur, Dieu t’en préserve, cela ne t’arrivera point ! (voir Matth. 16 : 22, 23).

Peut-être croyaient-ils ce qu’ils voulaient croire. Leurs esprits s’étaient naturellement emparés des choses glorieuses prophétisées sur le Messie, et ils ressentaient une émotion tellement vive d’être associés avec Lui dans Son Royaume à venir qu’ils considéraient Son discours de souffrance, d’ignominie et de mort comme ayant très probablement une signification métaphorique. Ainsi le Maître souffrit aussi la solitude d’être incompris.

Départ de Galilée.

Pour Jésus, le temps était venu de quitter la Galilée, le lieu de tant d’expériences mêlées, et cela a dû être un chagrin. Jamais Il n’y retournerait. Quelques amis fidèles qui restaient là s’affligèrent de la séparation, mais comparativement peu de ceux qui entendirent Son message, avaient répondu avec une joie et une conviction de cœur et d’esprit suffisantes pour changer leur vie. La Galilée L’avait rejeté, comme L’avait rejeté la Judée.

À Nazareth, avec tous ses souvenirs heureux de l’enfance et du foyer de Sa mère, ils L’avaient traité avec une telle violence et un tel outrage qu’Il ne pouvait les visiter à nouveau. À Chorazin, Capernaüm et Bethsaïda, sur les rives vertes de ce lac d’argent où Il avait accompli des actes de miséricorde, et prêché l’Évangile du Royaume en mots persuasifs d’amour — même là, les hommes préférèrent les traditions frivoles d’une fausse sainteté et la lettre morte de la Loi, plutôt que la lumière et la vie offertes par le Fils de Dieu.

“Malheur à toi, Chorazin ! Malheur à toi, Bethsaïda ! car si les miracles qui ont été faits au milieu de vous eussent été faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties sous le sac et la cendre. Mais je vous dis que le sort de Tyr et de Sidon sera plus supportable au jour du jugement que le vôtre. Et toi, Capernaüm, qui a été élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusque dans le hadès ; car si les miracles qui ont été faits au milieu de toi eussent été faits dans Sodome, elle serait demeurée jusqu’à aujourd’hui” (Matth. 11 : 21-24).

Quel malheur en effet ! La génération même qui L’avait rejeté était destinée à souffrir au cours des 40 années de dévastation de l’invasion romaine qui décima les villes de Galilée. Quelques-uns purent alors se souvenir du malheur prononcé par le Maître de Justice, qu’ils avaient répudié. Et quelques-uns, peut-être, purent réfléchir aussi aux paroles de grâce qui étaient sorties de Sa bouche (Luc 4 : 22).

Rencontres au cours du voyage.

Le récit de la Bible ne nous précise pas l’itinéraire exact emprunté par Jésus et les disciples, pas plus qu’il ne nous dit combien de disciples loyaux se joignirent à la troupe de voyageurs. Il se peut bien que leur voyage ait duré environ deux mois, en commençant tout de suite après la Fête des Tabernacles. Ils évitèrent vraisemblablement Nazareth et arrivèrent dans la grande plaine d’Esdraelon par le chemin du mont Thabor, En-Dor et Naïn. Manifestement, leur voyage les mena aux contreforts de la frontière nord de la Samarie, et Jésus envoya des messagers en avant “pour lui préparer un logis” (Luc 9 : 52) — pour réserver des chambres dans un village samaritain. Les hommes retournèrent vers le groupe de voyageurs dans une grande indignation, l’hospitalité leur ayant été refusée.

Ces messagers faisaient peut-être partie des Soixante-Dix désignés par le Seigneur pour être des missionnaires, pour aller en avance et préparer le peuple pour l’arrivée prochaine de Jésus pendant Son ministère dans les villes et villages sur Sa route. Même si le récit de la désignation des soixante-dix dans l’Évangile de Luc (chap. 10) suit la relation de l’incident du village samaritain, il est peu probable que Jésus ait laissé de côté une mission aussi importante jusqu’à ce que Son propre ministère touchât à sa fin. Il n’est pas toujours nécessaire de connaître l’ordre précis des événements, et nous sommes suffisamment bénis par le fait que des frères fidèles, animés par l’Esprit saint, ont consigné des événements importants dans le récit.

Mais, pour ses remerciements sincères, le Samaritain obtint la guérison non seulement de son corps, mais aussi de son âme. “Lève-toi, et t’en va” dit Jésus, “ta foi t’a guéri”.

Les Samaritains étaient de sang mélangé, juif et Gentil, et considérés par les Juifs comme des Gentils. Une femme samaritaine, au puits de Sichar, avait observé lors d’une visite antérieure de Jésus et des disciples que “les Juifs n’ont point de relations avec les Samaritains” (Jean 4 : 9). Pourtant, à cette occasion beaucoup acceptèrent l’Évangile. Jésus était resté deux jours à Sichar et là, beaucoup rendirent témoignage de leur foi : “Car nous-mêmes nous l’avons entendu, et nous connaissons que celui-ci est véritablement le Sauveur du monde” (Jean 4 : 42).

Mais maintenant les circonstances étaient différentes. Jésus voyageait vers la ville qu’ils détestaient et le temple qu’ils méprisaient. L’animosité nationale était enflammée au point qu’ils refusèrent de subvenir aux besoins élémentaires de la vie des pèlerins. Jacques et Jean, pleins de rancune vis-à-vis de l’insulte, désiraient se venger. “Seigneur, veux tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume ?” (Luc 9 : 54). Les fils du tonnerre (en grec : Boanergès) doivent-ils être aussi fils de la foudre ? (Marc 3 : 17). Le Seigneur les réprimanda : “N’êtes-vous pas conscients du degré d’orgueil, de colère et de vengeance personnelle qui se cache sous ce prétendu zèle pour votre Maître… Vous ne pensez pas au bon esprit que vous devriez montrer”.1

En se dirigeant vers l’est de la Samarie en prenant la route de Peraea pour Beth-Shean, Jésus instruisant chaque jour ceux qui voyageaient avec Lui, un incident émouvant eut lieu aux abords de l’un des villages. Un cri gémissant, plaintif, s’éleva et ils virent à distance dix lépreux. “Jésus, Maître, aie pitié de nous” (Luc 17 : 13). Sa compassion se manifesta pour ces affreux rebuts de la société et Jésus les guérit instantanément. La lèpre, plus que toute autre maladie, était considérée par les Juifs comme un signe de mécontentement de Dieu, et Christ, qui vint pour ôter le péché, prit un soin particulier à leur purification.

Un seul des dix se déplaça pour rendre grâce, s’agenouillant devant son Guérisseur et glorifiant Dieu à haute voix ; il n’était pas Juif mais Samaritain. “Et les neuf, où sont-ils ?” demanda Jésus avec une surprise pleine de tristesse. Leurs corps physiques étaient en effet guéris ; toutefois, la miséricorde du Maître n’avait pas éveillé le moindre écho de gratitude dans leurs cœurs encore lépreux. Mais pour ses remerciements sincères, le Samaritain obtint la guérison non seulement de son corps, mais aussi de son âme. “Lève-toi, et t’en va” dit Jésus “ta foi t’a guéri”.

Les guérisons du Sabbat.

Pendant la durée du voyage, Jésus ne fut pas épargné par les injures, l’opposition et la critique de “l’établishment” — ces conducteurs pharisaïques de la société qui ressentaient de la déconvenue à cause de Sa franchise. Sa guérison le jour du Sabbat fut une cause principale de grief, et deux de ces guérisons eurent lieu pendant Son dernier voyage. Les synagogues n’étaient pas des lieux de réunion choisis par le Maître pour prêcher le Royaume de Dieu. Il n’y était pas souvent le bienvenu mais plutôt considéré avec circonspection et suspicion, bien qu’il Lui fut permis parfois de parler à l’assemblée.

À une telle occasion, pendant le Sabbat, Jésus entra et remarqua une femme gravement handicapée qui était courbée depuis dix-huit ans et ne pouvait se redresser. Le cœur compatissant de Jésus ne pouvait que répondre à l’appel muet de son état et, l’appelant à Lui, Il dit, “Femme, tu es délivrée de ton infirmité”. Au moment où Il la toucha délicatement, la force coula dans ses os et elle se redressa, glorifiant Dieu immédiatement. Le chef de la synagogue n’était pas satisfait, et sa tirade trahit une telle stupidité et un manque de logique jusqu’à susciter le mépris de Jésus. “Hypocrites !”. La correction du Seigneur d’un tel comportement — provenant davantage d’un préjugé enraciné envers Lui que de la défense véritable de la Loi du Sabbat — fit que Ses adversaires se sentirent honteux (Luc 13 : 10-17).

Le fait que Jésus fréquentait des publicains et des pécheurs fut une autre raison de la haine des Pharisiens et de ceux qui partageaient leurs points de vue. Mais tous les membres de cette classe dirigeante ne fermèrent pas leurs portes à ce grand Instructeur. Que ce soit par souci véritable que Son message était envoyé de Dieu, ou pour des motifs d’opportunisme, ou peut-être dans l’intention de Lui chercher querelle, il y eut des moments où ils semblèrent se réjouir d’être Ses auditeurs. Luc 14 : 1-6 relate un incident le jour du Sabbat, quand Jésus fut invité à manger du pain dans la maison d’un Pharisien, et il y avait là un homme souffrant d’hydropisie, amené sans aucun doute pour mettre à l’épreuve la réaction du Prédicateur. Ils L’observaient. Connaissant leurs pensées, Jésus prit l’initiative et leur demanda : “Est-il permis de guérir, un jour de Sabbat ?”. Ils ne voulurent pas dire “oui” mais n’osèrent pas dire “non”. Une multitude de mobiles et réserves mêlés les fit rester silencieux, et leur incapacité à répondre trancha la controverse en Sa faveur, et l’homme fut guéri. Mais l’hydropisie de leur suffisance exagérée était une maladie beaucoup plus difficile à guérir.

Jésus Se réjouit en esprit.

Pendant le long voyage, Jésus enseigna souvent en paraboles — le Grand Souper, l’Économe Injuste, la Brebis Perdue, la Pièce d’Argent Perdue, le Fils Prodigue, l’Homme Riche et Lazare, le Bon Samaritain, et beaucoup d’autres.

De temps en temps, des Évangélistes allant par deux, qu’Il avait envoyés pour Lui préparer le chemin, revenaient vers Jésus et les Apôtres pour rendre compte de leur ministère. Ils venaient joyeusement, s’exclamant avec étonnement que “les démons mêmes nous sont assujettis en ton nom” (Luc 10 : 17). Jésus adressa à Son Père des actions de grâce solennelles, et Luc déclara dans son récit que “en cette même heure, Jésus se réjouit en esprit” (v. 21). Il rendit grâce particulièrement pour deux choses : que les vérités profondes étaient cachées aux intellectuels et aux sages de ce monde ; et qu’elles étaient révélées à ceux qui avaient confiance comme l’ont les petits enfants. Puis se tournant vers les Douze, Jésus dit calmement “Bienheureux sont les yeux qui voient ce que vous voyez” (v. 23).

Comme le dernier voyage touchait peu à peu à sa fin, se profilait l’ombre de la mort imminente. “J’ai à être baptisé d’un baptême ; et combien suis-je à l’étroit jusqu’à ce qu’il soit accompli !” (Luc 12 : 50). Il fallut trois ans et demi complets du ministère de notre Seigneur pour accomplir la consécration symbolisée par le baptême d’eau au Jourdain, la tension et l’incertitude grandissant maintenant chaque jour, quand Il regardait fermement vers Jérusalem, vers Sa propre destinée, et encore au-delà, vers la destinée du monde qu’Il était venu racheter.

Arrivée à Béthanie.

Il semble que le paisible village de Béthanie fut le refuge du Seigneur pendant Ses visites à Jérusalem. Ici, vivaient Ses chères amies Marthe et Marie et leur frère Lazare, une famille vivant apparemment dans des conditions confortables, dont l’amour et la révérence mirent toujours leur maison sainte et heureuse à Sa disposition. De là, une promenade agréable par le mont des Oliviers Le menait au Temple.

 

L’Évangile de Jean (10 : 22) indique que Jésus arriva à Béthanie quelque temps avant la Fête de la Dédicace à la fin décembre, fête instaurée par Juda Macchabée en l’honneur de la purification du Temple en 164. Les autres auteurs d’Évangile omettent ce détail, mais celui-ci suggère que Jésus, en dressant Sa face vers Jérusalem, avait l’intention de concentrer Son ministère durant Ses dernières semaines au cœur même du peuple choisi de Dieu. C’était de Jérusalem que le pouls, le battement de cœur de la nation, dirigeait la vie et les activités de tout Israël, et influençait fondamentalement la santé ou l’affaiblissement spirituels d’un peuple qui était toujours inconstant dans sa loyauté envers un Dieu pour Lequel ils étaient bien-aimés à cause de leurs pères (Rom. 11 : 28).

Le porche est du Temple gardait encore le nom de Portique de Salomon, car il était probablement construit avec des matériaux qui avaient constitué une partie de l’ancien Temple. Là, en marchant entre les éclatantes colonnades, le grand Maître ne pouvait manquer d’attirer la foule et Il était prêt à accorder une audience à quiconque Le questionnerait. Il ne nous est pas dit combien de temps ce ministère dura sans intervention. Les autorités étaient certainement au courant de la présence de Jésus, et avaient leurs agents postés pour Le surveiller quotidiennement, cherchant quelque prétexte possible pour L’arrêter. Un tel prédicateur était dangereux pour leur position, et devait être réduit au silence.

Le temps de parler clairement.

Ainsi les Juifs L’environnèrent avec des questions apparemment franches et impartiales, mais pourtant avec l’intention de L’attaquer d’une façon rusée sur Sa déclaration manifestement irréfutable qu’Il était l’Unique Oint de Dieu. “Jusques à quand tiens-tu notre âme en suspens ? Si toi, tu es le Christ, dis-le-nous franchement” (Jean 10 : 24).

Combien y avait-il de crainte et d’épouvante derrière ce défi ? Était-ce le combat entre leurs convictions, qui leur disaient que Jésus était vraiment le Christ, et leur subornation qui disait — Non ! — parce qu’Il n’était pas un Christ tel qu’ils L’avaient espéré ou désiré ? Ce n’était pas du tout Lui qui les tenait en suspens, mais c’était leur propre consternation qui devait porter plainte contre Lui. “Dis-nous franchement”.

Le temps était venu de parler franchement. Il leur rappela que des preuves abondantes avaient été données — Ses œuvres, Ses paroles, Ses miracles, le fait qu’Il ait réveillé des morts, étaient tous accomplis en tant que Représentant du Père et par la puissance du Père “Mais vous, vous ne croyez pas, car vous n’êtes pas de mes brebis”. Seules les vraies brebis suivaient le Berger, et elles seraient l’héritage béni de la vie éternelle.

Alors, semble-t-il, le piège surgit “Moi et le Père, nous sommes un”. L’unicité de l’unité de Christ avec le Père, cette union d’esprit, de but et de volonté qui marqua la relation de Jésus avec le Tout-Puissant, aurait dû Le recommander comme étant Celui qui était vraiment envoyé par Dieu. Mais les Juifs considérèrent aussitôt que les paroles pouvaient être interprétées comme signifiant infiniment plus, et ils prirent des pierres pour L’exécuter immédiatement, suivant la Loi. Mais Son imperturbable majesté les désarma. “Je vous ai fait voir plusieurs bonnes œuvres de la part de mon Père : pour laquelle de ces œuvres me lapidez-vous ?” “Nous ne te lapidons pas pour une bonne œuvre, mais pour blasphème ; et parce que toi, étant homme, tu te fais Dieu” (Jean 10 : 32, 33).

Le clair raisonnement supplémentaire de Jésus pour justifier Son affirmation qu’Il était le Fils de Dieu éveilla seulement à nouveau l’hostilité de Ses censeurs, mais ils n’osèrent Le lapider. Sa présence les intimidait et ils ne purent que Lui lancer des regards de haine quand Il passa parmi eux. Son heure n’était pas encore venue. A Jérusalem quelques-uns crurent vraiment en Lui pendant ces jours et semaines de témoignages, comme les événements ultérieurs devaient le prouver, mais demeurer là mettait Sa vie en péril, en vain. La Judée L’avait rejeté, comme la Galilée L’avait rejeté.

La conduite la plus sage du Seigneur fut de Se retirer à une distance de sécurité. C’est pourquoi Il partit au-delà du Jourdain, à l’endroit où Jean L’avait autrefois baptisé, et Il y resta quelque temps. Beaucoup Le cherchèrent et Le trouvèrent là, en se souvenant que le Baptiste avait rendu un témoignage catégorique sur Jésus à cet endroit même, et eux aussi devinrent croyants (Jean 10 : 40-42).

Le réveil de Lazare.

Ce fut pendant le temps d’éloignement de Jésus de Jérusalem et de ses environs que parvinrent les informations de l’état désespéré de Son cher ami Lazare, avec un appel implicite pour qu’Il vienne à Béthanie. Mais Jésus tarda, et les disciples fort embarrassés supposèrent d’abord que le danger pour la vie de leur Maître devait Le garder éloigné. Les jours passaient, et Jésus sembla savoir que Lazare était mort.

Alors, Il choisit de partir pour Béthanie. “Maître, les Juifs cherchaient tout à l’heure à te lapider, et tu y vas encore !”. Mais voyant qu’Il était déterminé à partir, Thomas dit à ses condisciples “Allons-y, nous aussi, afin que nous mourions avec lui” (Jean 11 : 8, 16).

L’importance de la famille et la considération dans laquelle ses membres étaient tenus signifiaient que beaucoup de Juifs éminents étaient là pour consoler et pleurer avec les sœurs. Pendant que certains observaient des larmes dans les yeux de Jésus et reconnaissaient Son affection pour le défunt Lazare, d’autres demandaient avec un ton de doute, voire même méprisant, pourquoi Jésus, qui suivant l’opinion commune, accomplissait des guérisons miraculeuses, n’avait pas pu sauver Son ami de la mort.

La tombe, comme la plupart des tombeaux des riches, était une grotte taillée dans un mur horizontal de rocher avec une dalle de pierre pour fermer l’entrée. Un frisson de terreur parcourut le dos de plus d’un veilleur quand Jésus commanda que la pierre soit enlevée. Il Se tint à l’entrée, et les autres restèrent en arrière en retenant leur souffle quand Il s’écria d’une voix forte “Lazare, sors dehors!”. Et de la tombe rocheuse émergea une silhouette enveloppée de bandelettes mortuaires, la santé recouvrée — la tradition le dit — pour 30 ans supplémentaires de vie de lumière et d’amour.

Il y eut beaucoup de témoins de ce miracle qui crurent quand ils le virent, mais il y en eut d’autres qui en firent un récit effrayé et courroucé au Sanhédrin de Jérusalem, ce conseil suprême, judiciaire, ecclésiastique et administratif qui allait exercer très bientôt son pouvoir sur l’Oint de l’Éternel même. À partir de là, Jésus vécut, Sa tête mise à prix.

Jésus n’ignorait pas cela. Pendant les quelques dernières semaines de Son existence terrestre, jusqu’au moment approprié de la Pâque, au cours de laquelle Il avait l’intention de déposer Sa vie, Il S’éloigna avec Ses disciples dans une petite ville près du désert, appelé Éphraïm.

LES JOURS DE LA SEMAINE SAINTE.

Le peuple de Dieu de l’Ancien Testament, les Juifs, et Son peuple du Nouveau Testament, les chrétiens, ont tous deux une fête dans l’année, au moment du printemps. La fête juive est la Pâque, alors que la fête chrétienne est connue sous le nom de Pâque [Easter en anglais]. À l’origine, c’était une fête en l’honneur de Eastra, ou Ostara, la déesse germanique de la lumière et du printemps, adoptée par les Anglo-Saxons au 8e siècle, pour la célébrer à la place de la résurrection de Christ.2

Le moment de la Pâque était exactement fixé par décision divine, et devait être célébré le 14e jour du mois de Nisan, mois qui indiquait en même temps le début de l’année ecclésiastique. La Pâque commémorait la délivrance des Israélites de l’esclavage en Égypte, et le soir du 14 de Nisan de chaque année, chaque famille juive devait observer un rituel solennel décrit en Exode 12.

On doit garder à l’esprit que le jour juif commence au coucher du soleil — 18 heures le soir, sur la base des jours de la création de la Genèse “Et il y eut soir, et il y eut matin : premier jour” (Gen 1 : 5 ; voir aussi v. 8, 13, 19, 23, 31).

Des hauteurs d’Éphraïm, Jésus pouvait observer les groupes de pèlerins à l’approche de la Pâque, dévalant la vallée du Jourdain vers Jérusalem. Le temps était venu pour Lui de quitter Sa retraite, et Il descendit vers la route principale rejoindre la grande caravane des voyageurs galiléens. Allant au-devant de Sa mort, une plus grande majesté et une plus grande splendeur, jamais vues auparavant en Lui, gardèrent les disciples dans un calme respect. Mais alors qu’ils faisaient une halte pour Se reposer pendant le trajet, Jésus répéta aux Douze Son épreuve à venir, avec des détails plus terribles encore qu’avant — comment Il serait trahi auprès des Prêtres et des Scribes, condamné et rendu aux mains des Gentils, tourné en ridicule, flagellé, et — horreur impensable — crucifié. Le troisième jour, Il ressusciterait.

Mais leurs esprits, emplis des espérances du Royaume Messianique, ne pouvaient concevoir ces avertissements comme étant réels. Ils rêvaient de douze trônes, et quand la mère de Jacques et Jean vint à Jésus et supplia pour que ses fils puissent s’asseoir à Ses côtés dans Son royaume, Il le supporta avec résignation. Dans leur aveuglement ils avaient demandé cette position qu’ils verraient occupée, quelques jours plus tard, par deux voleurs crucifiés.

Samedi soir, le 9 Nisan commence.

Jésus n’avait pas l’intention de faire de Jérusalem Son lieu de repos durant les quelques jours qui précédaient la Pâque, mais Il choisit de rester dans le foyer bien-aimé de Béthanie. Les premiers auteurs de l’Évangile semblent avoir exercé une certaine prudence à raconter un incident de ce soir-là, en mentionnant “une certaine femme” et parlant d’un souper dans la maison de “Simon le lépreux”. À ce moment-là, la vie de Lazare était en danger (Jean 12 : 10) et il y a peut-être eu nécessité de protéger la vie privée de la famille pendant des années après cela, ce qui n’était plus le cas au temps où l’Apôtre Jean écrivit son propre récit.

Seul Jean laisse supposer que c’était dans le propre foyer de Marie qu’elle oignit les pieds de Jésus avec une livre de nard précieux, et Lui essuya les pieds avec ses cheveux. Les disciples étaient invités aussi, et témoins visuels. Ces hommes, d’humbles Galiléens pour la plupart, ont pu être stupéfaits par ce geste somptueux. Mais l’un d’eux, Judas Iscariote, avec un semblant de piété pour masquer son avarice, protesta vivement. La valeur du parfum, trois cents deniers, pouvait bien représenter une année de travail, et tant d’argent gaspillé, plutôt que de lui être confié à lui qui portait la bourse, était plus qu’il ne pouvait supporter.

Avec une sagesse d’après coup, Jean rapporte que Judas était un voleur (Jean 12 : 1-8), et il semble qu’à partir de ce moment-là, ce dernier conçut des plans pour vendre le Maître (Matth. 26 : 14-16 ; Marc 14 : 10-11). Il n’y a pas d’autres évènements rapportés pour le reste du 9 Nisan. Le lendemain de l’onction de notre Seigneur par Marie correspondrait au dimanche de notre calendrier, célébré en général maintenant par le monde chrétien comme le dimanche des Rameaux.

Dimanche soir, le 10 de Nisan commence.

C’est le jour de l’entrée triomphale du Seigneur dans Jérusalem qui, en réalité, eut lieu à ce qui serait notre lundi matin, ce jour ayant commencé à 6 heures du soir le dimanche, selon le calcul juif. C’était le jour exact pour que l’agneau soit pris dans chaque maison, prêt pour le repas de la Pâque le 14 Nisan (Ex. 12 : 3).

Il semble que malgré tout ce qui s’était passé récemment, il y avait une impression générale parmi le peuple, que Jésus serait encore dans la ville pour la Pâque, et une atmosphère d’intérêt et d’espérance intenses régnait. Par conséquent, quand on sut, tôt ce matin-là, qu’Il arrivait, l’agitation s’accrut. Il Se mit en route à pied, empruntant probablement le chemin principal sur le mont des Oliviers puis, près de Bethphagé, envoya deux disciples pour qu’ils Lui ramènent une ânesse et son ânon, pas encore montés, qu’ils trouveraient attachés au village. Si le propriétaire faisait une objection, ils devaient dire, “Le Seigneur en a besoin” (Matth. 21 : 3). Tout se passa comme Il l’avait dit. Les disciples mirent leurs vêtements sur l’ânon comme selle de fortune, soulevèrent le Maître pour l’asseoir dessus, et la procession triomphale se mit en route.

À peine eut-Il démarré que la foule répandit ses vêtements pour couvrir Son chemin, ajoutant des branches de rameaux d’oliviers, de sapin, s’interrompant pour pousser des cris de joie de “Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts !”

Ce n’était pas une manifestation de provocation, ni un défi séditieux à l’autorité, destinés à fomenter une lutte politique. C’était une explosion de joie provinciale, une simple exultation de pauvres Galiléens et de disciples méprisés. Mais, par la suite, les Apôtres se rappelèrent que c’était là l’accomplissement de la prophétie de Zacharie. “Réjouis-toi avec transports, fille de Sion ; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient à toi ! il est juste et ayant le salut, humble et monté sur un âne, et sur un poulain, le petit d’une ânesse” (Zach. 9 : 9).

Jérusalem, la cité antique, la ville “d’or”, qui L’acclamait maintenant, se détournerait bientôt de Lui. Lui qui n’avait jusqu’ici versé aucune larme sur Son propre sort, éclata en un tonnerre de lamentation qui exprimait par Sa bouche un cri du cœur.

“Jérusalem, Jérusalem, la ville qui tue les prophètes et qui lapide ceux qui lui sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l’avez pas voulu ! Voici, votre maison vous est laissée déserte, car je vous dis: Vous ne me verrez plus désormais, jusqu’à ce que vous disiez : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !” (Matth. 23 : 37-39).

Dans la ville au loin, quelques Pharisiens se mêlaient à la foule et la joie du peuple les irritait. Ces clameurs messianiques et ces titres royaux étaient inconvenants. “Maître, reprends tes disciples”. Jésus répondit : “Je vous dis que si ceux-ci se taisent, les pierres crieront” (Luc 19 : 39-40).

Alors qu’elle s’approchait du Temple, la procession se dispersa et Jésus y entra. L’endroit sacré était souillé, usurpé par des troupeaux de bétail, des voix qui marchandaient, et le tintement de l’or. Il ne pouvait enseigner au milieu d’une telle profanation et, dans un zèle ardent, Il les chassa. Il ne put commencer Son ministère avant d’avoir rétabli la bienséance et le silence dans le Temple. Il guérit des malades, enseigna ceux qui étaient assez humbles pour écouter, et parmi les vaines tentatives de Ses ennemis pour Le gêner et L’importuner, Il passa les heures de ce jour mémorable dans un infatigable dévouement pour l’œuvre pour laquelle Son père L’avait envoyé.

En ce dixième jour de Nisan, l’Agneau de Dieu avait été reçu avec joie dans le foyer spirituel de la nation. Quelques jours seulement restaient avant que la vraie Pâque ne s’accomplisse.

Lundi soir, le 11 Nisan commence.

Jésus est très probablement retourné à Béthanie le lundi soir et, à 6 heures, le 11 Nisan commençait. Il semble que ce soit le matin suivant, le mardi, que s’est produit l’épisode assez étrange du figuier stérile. Ayant faim, Jésus remarqua un arbre solitaire, mais fut déçu de n’y trouver aucun fruit. À ce sujet, Il prononça sa perte et, peu de temps après, on vit qu’il était desséché. Ce n’était pas un miracle d’une colère indigne, mais un symbole approprié du peu de valeur d’une nation dont les professions de piété ne produisaient aucun “fruit de bonne vie”.

Il ne nous est pas donné de détails supplémentaires sur les occupations de ce jour, mais Luc nous dit que Jésus enseignait tous les jours au Temple, et même si les principaux Sacrificateurs et les Scribes cherchaient à Le détruire, ils ne trouvèrent pas le moyen, puisque tout le peuple était attentif à L’écouter (Luc 19 : 47, 48).

Mardi soir, le 12 Nisan commence.

Les autorités décidèrent qu’il fallait faire quelque chose. Une assemblée fut convoquée et les principaux sacrificateurs, les scribes et les anciens du peuple se réunirent au palais de Caïphe, le Souverain Sacrifica-teur. Effrayés à l’idée d’arrêter Jésus au vu de tous (parce qu’ils craignaient le peuple), ils discutèrent des façons et moyens de Le prendre d’une manière subtile et de Le condamner à mort pour un prétexte quelconque. Le mieux serait de différer jusqu’à ce que le Souper de la Pâque soit terminé, et que les foules visitant la ville pour cet événement soient sur le chemin du retour.

Pendant la délibération, un message leur parvint qui présentait un moyen inattendu pour leurs projets. Ce disciple — un des Douze ! — était prêt à mettre fin à leurs embarras et à reprendre la communication déjà faite. Le fait que quelqu’un qui avait vécu avec Jésus, entendu tout ce qu’Il avait dit et vu, tout ce qu’Il avait fait, et qui était pourtant prêt à Le trahir, les renforça dans leur dessein.

Ce même jour, Jésus rendait toujours témoignage dans le Temple et déconcertait ceux qui Le critiquaient, sans se soucier du danger qui couvait maintenant.

Mercredi soir, le 13 Nisan commence.

Selon Luc, Jésus passa, cette nuit-là, quelque temps sur les pentes du mont des Oliviers, le silence de cet endroit familier étant un baume pour Son âme, alors qu’Il tirait de la force de la communion avec Son Père céleste pour les épreuves à venir. De retour à la maison de Béthanie, Il S’allongea pour la dernière fois sur terre, Se réveillant le jeudi matin, pour ne plus jamais S’endormir, excepté pour Son sommeil de la mort.

Le jeudi, soustrait maintenant de tout discours public, et passant la journée dans une calme solitude, Jésus enseigna Ses disciples quant à la célébration de la Pâque. Lui et les Douze, comme une famille, devaient la partager, non pas à Béthanie comme ils pouvaient l’espérer, mais à Jérusalem. Ils devaient suivre un serviteur portant une cruche d’eau et qui les conduirait vers une maison où une pièce était volontiers offerte pour l’occasion. Il ne nous est pas dit à qui appartenait la maison, bien que certains aient émis la conjecture que le propriétaire n’était autre que Joseph d’Arimathée. Et là, ils préparèrent le repas de Pâque.

Jeudi soir, le 14 Nisan commencela Pâque.

“J’ai fort désiré de manger cette Pâque avec vous, avant que je souffre” (Luc 22 : 15). Comme le crépuscule tombait, Jésus et Ses disciples partirent de Béthanie vers la grande chambre haute où la table était disposée et les sièges préparés.

Tristement, même pendant les dernières heures de la vie de notre Seigneur, Ses compagnons les plus proches Lui causèrent du chagrin. Pendant que l’on préparait le souper, Il chercha un volontaire pour accomplir l’habituelle courtoisie du lavage des pieds après la marche dans la poussière, et personne ne se proposant, Jésus rendit Lui-même cet humble service. Avec quelle honte et quel respect lirent-ils dans cet acte Sa douce réprimande ! Mais il y avait toujours une contestation, quant à savoir lequel d’entre eux serait considéré le plus grand, ceci provenant peut-être de leur désir aimant d’être près du Maître à table. Son enseignement patient leur laissa un moment pour la méditation, sans aucun doute précieuse ultérieurement pour leur bénéfice éternel.

Nous ne savons pas avec certitude si Judas resta durant toute la cérémonie suivante, l’institution du Souper du Seigneur, même s’il semble vraisemblable qu’il ait été encore présent. À un certain moment, l’angoisse de Sa trahison imminente poussa le Seigneur à déclarer pour être entendu de tous “L’un d’entre vous me livrera !”. L’alarme se répandit dans l’assemblée, chacun craignant que, par une faiblesse inattendue ou un manquement lâche, il soit le coupable.

Le disciple bien-aimé, Jean, assis tout près du Maître, Lui demanda “Seigneur, lequel est-ce ?”. Un signe lui fut donné et Judas Iscariot fut identifié comme l’Apôtre traître. “Jésus donc lui dit : ce que tu fais, fais- le promptement”. Judas sortit aussitôt, et c’était la nuit (Jean 13 : 21-30).

La Commémoration de Sa Mort.

“Jésus, ayant pris un pain et ayant béni, le rompit et le leur donna, et dit : Prenez ; ceci est mon corps. Et ayant pris la coupe et ayant rendu grâces, il la leur donna ; et ils en burent tous. … Ceci est la nouvelle alliance par mon sang, qui est versé pour vous (Marc 14 : 22-24). “Faites ceci en mémoire de moi” (Luc 22 : 19).

Plus tard, l’Apôtre Paul insista sur la signification profonde de l’exhortation du Seigneur “Faites ceci, toutes les fois que vous la boirez, en mémoire de moi” (1 Cor. 11 : 25). Toutes les fois — chaque année quand vous célébrez la Pâque — souvenez-vous de la mort du Seigneur. Le peuple de Dieu ne célèbre plus la fête en souvenir de la délivrance de l’esclavage en Égypte. L’observation de cette fête n’était que le symbole, l’image d’une délivrance plus grandiose. Le corps brisé de Jésus et Son sang versé affranchiraient la race, au temps marqué de l’esclavage du péché et de la mort. Il était l’Agneau de Dieu, venu pour ôter le péché et la mort. Il était l’Agneau de Dieu, venu pour ôter le péché du monde – venu pour qu’ils aient l’abondance de vie.

Christ notre Pâque est sacrifié pour nous.